15/04/2026
Pour ce que j'appelle curieusement « en ma retraite cessation progressive d'activité », je pense que l'essentiel, déterminant pour ce qui suivra, est de parvenir à non pas déstructurer mais diffracter ma relation au temps dans la journée.
Diffracter, étymologiquement, c’est "mettre en morceaux". J’entends le faire comme on diffracte la lumière, donc sans rien casser mais en donnant à l’élément fragmenté de diffuser sa force autrement.
Mon temps jusqu’ici, je l’ai organisé - je ne prétends pas avoir organisé le temps, mais, si tant est que l’on en ait quelque peu le pouvoir, mon temps - selon le schéma linaire de la flèche qui va, appliquant mes forces à me construire et servir. C’est cette ligne que je vais dessiner autrement. Elle deviendra ligne brisée, chaque fragment ayant sa chance à lui de briller autrement et pour lui-même, éventuellement dans une direction autre que celle que je projetais, si celle-ci peut s’inscrire dans mon ambition spirituelle.
De trois ans à soixante quatre ans, donc pendant soixante et un ans, j’ai vécu selon le rythme scolaire. J’avais ou me donnais un emploi du temps. La durée de l’activité avait l'heure pour étalon. Rompre avec ceci d'un seul coup eût été pour moi dangereux. De toute façon, cela ne me correspondait pas. Mon souffle était là bien posé.
A l’arrêt du métier en collège, dès le premier jour, j'ai maintenu ce rythme. Il m'a permis de faire des cinq premières années de ma retraite une période de service faste poussant encore plus loin ce qui fut antérieurement, portant ma carrière professionnelle à son accomplissement. C’est ce temps qui se clôture.
En ces cinq ans, je n’avais pas à rattraper des choses que je n'avais pas vécues. Je pouvais donc mettre toute mon énergie dans ce que ma vie me présentait là, que maintenant je ne pourrais plus faire, ne peux plus faire, et pas seulement à cause de la fatigue de l’âge, mais parce que la société a changé, vit d’autres défis.
En ce que j'appelle « cessation progressive d'activité », le moment est venu pour moi, afin de vivre autrement mais toujours « à donf », de relâcher cette structuration très forte de mes journées et d’y laisser des périodes de vacance.
J'aime l'expression que je viens d'avoir : « laisser dans ma journée des périodes de vacance ». Le vocabulaire venu à moi me signifie que j'intègre enfin la vacance qu'est, pour moi qui aimais tant ma vie dite « active »,la retraite. Excellent ! Je craignais tant de ne jamais y parvenir !
