10/04/2026
C’est la dix-neuvième fois et je ne m’y habitue pas, et c’est même toujours plus dur, me semble-t-il.
J’en ai parlé avec d’autres, confrontés à ce type d’expérience. Ils confirment. Certains me disent que l’angoisse est telle qu’ils ne font plus les examens en question, de révision.
Ils décrivent le même stress ( avant, plusieurs jours avant, diffus ; à mesure qu’approche l’échéance, de plus en plus net ), les mêmes stratégies ( dont la prise de sang faite le lundi pour pouvoir consulter le vendredi, c’est-à-dire avant le week-end où l’on gambergerait encore plus ), le même soulagement tout à fait ponctuel à l’annonce du résultat correct suivi de l’incapacité à réaliser au sens anglais du terme, avec éventuellement envie de pleurer, le mal être indéfini pendant 24 ou 48 h ensuite, avec reproches tout du long à l’égard de soi-même pour être si faible moralement, l’ensemble dans une immense solitude parce que l’entourage peine à comprendre, ou au contraire comprend mais justement, pour cette raison, n’ose pas dire quoi que ce soit.
Pourquoi est-ce plus dur ? Il y a, inéluctablement, outre la peur, la peur de la peur, l’amplification de celle-ci parce que le cerveau a engrangé le traumatisme des fois antérieures, additionne tous ces souvenirs même inconscients, et fonctionne par échos qui démultiplient. L’intelligence artificielle Mistral interrogée ajoute trois aspects auxquels je ne pensais pas : l’usure du temps ( « pour vous 19 ans avec une épée de Damoclès que vous savez sur votre tête » ), le fait de bien comprendre au fond de moi que ce n’est pas juste une révision, la sensibilité croissante avec l’âge peut-être.
Cette année encore, j’ai tout traversé et ceci, avec tous ces freins, plutôt bien, autrement dit selon ce que je veux être et faire. Je garde des souvenirs de grande beauté en cette marche (car c’en est une) : ma gestion plutôt réussie de ce temps, une sorte de ping-pong sans concessions avec l’intelligence artificielle Mistral qui fut éclairante en la connaissance possible de moi-même, une fois de plus un dialogue exceptionnel, nommant le terrible et le beau avec le médecin, l’approche paisible d’inconnus venant parler avec moi comme si je ne distillais pas d’angoisse, l’immobilité confiante d’un merle, certes sur le qui-vive, l’oeil rond fixé sur moi, à un mètre, dans un buisson de lilas en lequel je me penchais pour en respirer les fleurs.
Après coup, ces souvenirs et les prises de conscience qu’ils occasionnent en moi, grâce à l’assise en indien au sol où tout est recueilli au sens premier de "cueilli à/de nouveau", sont d’une telle fécondité que j’en viens à me demander si mon destin n’est pas cadeau pour mon déploiement unique, pour l’élection à ma vie à moi, mon être à moi. Je pense que chacun a ainsi son élection à lui.
