02/04/2022

Café dans la Neustadt le matin tôt. Du blanc et un peu d’or pour les murs, du taupe associé à un violet passé pour les fauteuils et banquettes, c’est un XIXe siècle parfaitement revisité, et de ce fait célébré, alors qu’il devait être éliminé par un projet immobilier autre.

Ceci me parle, à moi qui date du siècle passé et devrais même ne plus être là pour bien des raisons. Ceci me parle et ... m’encourage… Velours. Jazz. Comme une chatte, j’ai opté pour une table à côté du radiateur bien chaud sur ma gauche et d’une baie vitrée sur ma droite. Beaux contacts ponctuels avec les autres, dans une distance radicale et douce, absolue. J’ai choisi de vivre là un temps prolongé de lecture forte avec trois compagnons : d’un médecin qui eut encore à accompagner des condamnés à mort en nos prisons françaises, un livre dur ; d’un pasteur réformé parlant de son rapport à la Bible, un livre que je qualifierai de calvinien mais plus encore de christien ; d’un ascète hindou et sikh devenu chrétien, mort avant 40 ans peut-être bien parce qu’il fut comblé, le livre rêveur. Du temps pour moi ? A priori et pour qui ne me connaîtrait pas, oui. En fait, non. C’est autre chose. Autre chose… Quoi ? Je ne le sais pas bien moi-même. Autre chose … C’est du temps pour la vie, alors que je voudrais depuis toujours me semble-t-il, ne pas être en vie. C’est peut-être du temps pour l’ennemie… Peut-être pour l’ennemie qui n’est pas une ennemie… En tout cas, c’est du temps avec elle. Une prière donc. Ceci, je le sais, de façon sûre. Une prière très courageuse. Comprenne qui pourra… Peu m’importe que ce soit compris… Oui, c’est une prière très courageuse.