05/12/2021

Oui et non. Oui, parce qu’autant je suis protestante autant je suis pélagienne…. J’ai de la sympathie pour la prière des moines irlandais venus évangéliser l’Alsace,

qui jeûnaient dans leur monastère pour un frère malade jusqu’à obtention de sa guérison, ceci non pour se reconnaître pécheurs et s’humilier devant Dieu, mais dans une sorte de bras de fer ressemblant à une grève de la faim. Oui, parce qu’autant je suis chrétienne, autant j’aime me recevoir du judaïsme, en ses interprétations audacieuses de la Bible, selon lesquelles Dieu aime être vaincu par ses enfants. Oui, parce que je suis restée la révoltée camusienne que j’étais dans ma jeunesse. Non, parce que je ne déclare la guerre à personne, pas même à Dieu, par fierté. Je n’ai aucune envie de m’abaisser à ça, j’ai une trop haute idée de moi. Non, parce que je sais depuis longtemps maintenant que Dieu est mon allié, plus exactement que je suis son alliée. Je crois même que je participe de son énergie. Il me semble que Dieu, s’il existe, est, surtout en Christ, le Révolté par excellence, bien d’accord avec ma propre révolte, de toute éternité et à jamais, l'ayant donc précédée ! Je crois même que non seulement Dieu rejoint la révolte en mon cœur mais qu'il l’y fomente, inspire mes « non terribles et doux posés sur l’épaule du temps » selon l'expression encore de Pierre Emmanuel, allume mon regard frontal, alimente dans mes reins le feu, me pousse et m’entraîne hors de toute résignation. Viel batte !, c’est pour moi mettre avec Dieu toute mon énergie dans la consolation pour le courage de vivre.